Le Tour du Mont Blanc est un classique du genre, il consiste à tourner autour de la célèbre montagne en passant par Chamonix, le Col des Montets, le Col de la Forclaz, Martigny, le Col du Grand St Bernard, Aoste, le Col du Petit St Bernard, Bourg St Maurice, le Cormet de Roselend, Beaufort, le col des Saisies, Megève et St Gervais. Sur la carte le tracé est joli et tentant, dans la réalité il faut s’avaler 320 km et 7000m de dénivelé.
L’amateur de longue distance et de dénivelé cumulé est un drôle d’individu. Il passe de longues heures à étudier les cartes, perdu dans ses rêves, il recherche la randonnée qui le comblera de joie, il trace mentalement des itinéraires aussi tordus qu’improbables.
Outre les cols à franchir, il faut prendre en compte la météo très variable dans ces vallées, les brises et la Bise qui peuvent rendrent la progression beaucoup plus lente que prévue. La circulation automobile, particulièrement dense du côté de Megève et St Gervais, peut s’avérer particulièrement gênante les grands week-end de chassés croisés estivaux. La prudence et la patience sont de rigueur pour celui qui espère terminer sans encombre cette belle boucle.
La meilleure des solutions est indiscutablement de partir à 2 ou à 3 et par conditions anticycloniques. Un départ au petit jour est recommandé, sachant qu’un cycliste déjà bien entraîné devra compter environ 13 heures de selle. Un petit dispositif d’éclairage peut s’avérer utile si la randonnée doit se terminer après le couché du soleil.
Martigny, petite ville dans le Valais suisse, est l’un des points de départ possible. Suivant que l’on choisisse de tourner dans le sens inverse ou le sens des aiguilles d’une montre, il faudra soit attaquer le col de la Forclaz, soit le col du Grand St Bernard. Ce dernier débute tranquillement par une route large à faible pourcentage jusqu’à Sembrancher. Le tunnel du Grand St Bernard constitue un passage « facile » entre la Suisse et l’Italie, ce qui explique un flot assez important de véhicules. Au village d’Orsière, après une quinzaine de km d’ascension, la pente s’accentue avec un modeste 8% et quelques larges lacets. La montée se poursuit avec des pentes régulières entre 6 et 8% pendant 14 km jusqu’à Boug St Pierre (Altitude 1632m). Rien d’insurmontable, si l’on a bien pris soin de prendre un rythme régulier. Le jour de notre périple, la météo a pris un aspect automnal. Dans ces conditions il est difficile d’apprécier le paysage, qui pour l’instant se résume à des prairies noyées dans le brouillard. Deux couleurs sont au programme : le vert et le gris. Dans un tel tableau on se sent seul, la présence des vaches est presque réconfortante, on aurait presque envie d’entamer une discussion avec l’une d’entre elle pour rompre la solitude !
Les 7 km qui suivent conduisent à l’entrée du tunnel à l’altitude 1915m. La pente est facile, la route a pour particularité d’être entièrement recouverte par un paravalanche. Cela présente l’avantage de rouler au sec, par contre l’ambiance devient légèrement glauque. Une fois le tunnel dépassé, le cycliste aborde enfin une véritable route de montagne, délaissant la circulation qui fonce vers l’Italie. Il reste 7km à gravir pour se hisser à 2469m. La pente devient plus rude avec des pentes entre 8 et 10%, la rocaille et les éboulis font leur apparition, l’ambiance a changé radicalement. Si l’on est attentif on entend de temps en temps les sifflements des marmottes. Tranquillement et avec un peu de patience, le sommet se laisse atteindre sans trop de difficultés. Pour ceux qui souhaitent faire une pause, l’hospice du Grand St Bernard est bien tentant, on y trouvera des souvenirs et de quoi se restaurer. On ne manquera pas d’admirer la vue sur le petit lac en contrebas du sommet qui invite à flâner plutôt qu’à pédaler. 2000 mètres de dénivelé ont déjà été franchi, comme on dit dans ces cas là : ce qui est fait n’est plus à faire.

- Descente sur Aoste
La descente sur Aoste est belle et rapide, on y retrouve en général le soleil et la chaleur, mais aussi la circulation automobile. Il faut se méfier des quelques zones de travaux et de certains touristes motorisés admirant les paysages.
Dans ce genre de périple, les fonds de vallées sont en général des passages critiques. Il y a forcément un col qui ne va pas tarder à arriver, et le vent y est souvent gênant. Effectivement la remonté sur Pré St Didier, au pied du col du Petit St Bernard (2188m), est pénible. Le vent est fortement défavorable sur une bonne trentaine de km, ce qui rend la progression beaucoup plus lente que prévu.
Le col du Petit St Bernard (2146m) n’est pas très dur avec 23 km et 1200m de dénivelé, la pente ne dépasse pas les 8 %. Encore une fois il faut prendre son train et ne pas gaspiller ses forces. L’obstacle se négocie bien si l’on a pris soin de bien s’alimenter dans la vallée. Le soleil est de la partie maintenant et le paysage se laisse admirer. Une première partie boisée jusqu’à La Thuile laisse la place à de beaux alpages, avec en toile de fond les sommets enneigés du massif du Mont Blanc. Il faut encore s’accommoder d’un vent particulièrement gênant dans les derniers kilomètres.

- Sommet du Petit Saint Bernard
La descente sur Bourg St Maurice est agréable, sans être très rapide. On peut se laisser aller au grès des 30 km tout en lacets, en profitant de quelques beaux points de vue sur la Haute Tarentaise et les sommets de la Vanoise. Il faut néanmoins continuer à pédaler si l’on veut conserver une vitesse raisonnable, cette option a le mérite d’éviter l’engourdissement des muscles à cause d’une inactivité prolongée. A Bourg St Maurice, un petit coup d’œil sur le compteur pour se rendre compte que 160 km ont déjà été parcouru et environ 3600m de dénivelé. Ce n’est pas le moment de se décourager car la route est encore longue et les difficultés bien présentes.
Le Cormet de Roselend débute dans Bourg St Maurice à un rond point où l’on trouve également des terrasses de café assez tentantes. Toujours est t’il qu’il faut encore s’avaler 20 km de grimpette jusqu’à 1968 m, avec une pente assez irrégulière. Les lacets pour sortir de la vallée des Chapieux doivent se déguster tranquillement pour éviter l’indigestion, les jambes commençant à accuser un peu le coup. Cette montée présente la particularité de proposer des paysages variés, ce qui évite de trouver le temps long, malgré le vent qui vient à nouveau ralentir la progression sur les dix derniers kilomètres. Une fois le sommet atteint, on peut se rassurer en se disant que trois des plus gros morceaux de la journée ont été franchis.
La descente sur Beaufort est rapide et peut s’avérer piégeuse pour un cycliste fatigué. La vue sur le lac de Roselend est saisissante, on a beau passer et repasser par là, on ne s’en lasse pas.
A Beaufort, on pourra toujours s’arrêter dans une fromagerie en cas de fringale sévère !
Les quelques kilomètres de plat dans la vallée avant d’attaquer le col des Saisies (1633m) permettent de s’offrir un court répit. A ce stade la fatigue se fait sérieusement sentir, le coup de pédale a perdu de son efficacité.
Avec 14 km, la montée aux Saisies n’est pas trop longue, la pente est régulière, oscillant entre 7 et 8%. Une petite redescente vient rompre l’ascension à mi-pente, à la hauteur de Hauteluce. Ce col n’a rien d’effrayant, mais il peut devenir redoutable si les batteries sont à plat. Encore une fois la solution consiste à prendre un rythme raisonnable et régulier. Au sommet il est possible de se ravitailler copieusement si le besoin s’en fait sentir. Le compteur indique 220 km parcourus et environ 5700 m de dénivelé.
Il faut se méfier de la descente sur ND de Bellecombe, le revêtement étant parfois dégradé. Deux petites remontées viennent aussi briser l’allure de la descente tout en faisant gonfler un peu plus les cuisses.
Une fois dans le Val d’Arly, la circulation automobile reprend ses droits. Les 10 km de faux plats montants jusqu’à Megève sont particulièrement désagréables. C’est une file ininterrompue de véhicules entre Praz sur Arly et Megève qui attend le pauvre cyclo, à tel point qu’il faut se frayer un chemin par moment pour pouvoir franchir les ronds point. Le parcours était admirable jusque là, malheureusement cette portion gâche un peu le plaisir et risque de rebuter les amoureux de grandes randonnées. Il apparaît donc indispensable de bien choisir sa période pour se lancer dans ce périple.
Pour nous, faute de temps et excédé par la circulation, nous arrêterons notre route à Cluse après 280 km parcourus et 6000 m de dénivelé.
Normalement le Tour du Mont Blanc se poursuit en direction de St Gervais pour aborder ensuite la montée sur Chamonix. Il faudra impérativement éviter la N205 et son viaduc, véritable coupe gorge pour un cycliste, et emprunter la route secondaire de Servoz. La traversée de Chamonix risque d’être encombrée encore une fois par la circulation. Après l’Argentière, 4 km aux pentes raisonnables permettent de franchir le col des Montets (1461m). Une petite descente conduit au poste de frontière suisse du Châtelard, il ne reste plus qu’à négocier les 8 km de la dernière ascension, le col de la Forclaz (1526m), tout en se méfiant des 3 derniers kilomètres qui présentent une pente assez soutenue. La descente sur Martigny se fait en roue libre sur une route magnifique, s’il ne fait pas encore nuit on pourra admirer de beaux de point de vue sur le Valais et ses vignes, on retrouvera petit à petit une chaleur bien agréable. La boucle est bouclée, il est temps maintenant de savourer cet instant magique où l’on se réjoui d’avoir accompli un périple de haut vol.
En guise de conclusion, le Tour du Mont Blanc constitue un défi réellement intéressant pour les amateurs de gros dénivelés. Il faut néanmoins bien choisir sa période pour éviter l’affluence entre Megève et Chamonix, s’assurer que les conditions météorologiques soient stables, et surtout être en bonne condition physique, la réalisation de la boucle dans la journée demandant une bonne endurance et un moral assez solide.